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27 Août 2021

Rencontre avec Philippe Schmit

À la veille du séminaire « La Sobriété foncière, une opportunité pour le territoire », dont il fut le grand témoin, Philippe Schmit, secrétaire général de l’ADCF (Assemblée des Communautés de France) accorde un entretien éclairant sur la nécessité de rebattre les cartes de l’aménagement des territoires. Un sujet qui concerne l’ensemble des citoyens, tant il est lié au présent et à l’avenir de chacun et tant il s’inscrit tout simplement dans une urgence absolue, au moment du vote du projet de loi Climat et résilience. Mais entre dire et pouvoir faire, la marche est haute et le défi immense.  

LA SOBRIÉTÉ FONCIÈRE

C’est le thème retenu par les membres du groupe de travail sur le plan local d’urbanisme intercommunal, à l’initiative du rendez-vous du 1er juillet, qui a réuni élus communautaires, partenaires et acteurs de l’immobilier, pour partager leurs points de vue et proposer des actions concrètes mises en oeuvre localement ou dans des territoires ruraux. Cette notion, voire cette prise de conscience, consiste à orienter des choix d’aménagements territoriaux vertueux et soucieux de préserver les espaces naturels. Deux orientations s’offrent à cette ligne directrice : la réhabilitation  de l’existant et l’extension  foncière réduite à son strict nécessaire. C’est un enjeu essentiel et le défi ne pourra être relevé que si les acteurs publics et privés se coordonnent : « Aller vers un usage harmonieux et raisonné de l’espace, c’est ce vers quoi nous devrions tous tendre », ajoute Philippe Schmit. Depuis de nombreuses années, les zones pavillonnaires, les zones industrielles et commerciales, le bitumage, les parkings ont “mangé” beaucoup de terres agricoles, des espaces naturels vivants et forestiers, au point de fragiliser la biodiversité et d’augmenter sensiblement l’impact des gaz à effet de serre, les phénomènes d’inondations ou de glissements de terrain. Ce grignotage, communément appelé « artificialisation du territoire » est à proscrire, et il y a déjà eu beaucoup de temps de perdu. Inverser la tendance est et sera difficile. Elle implique des modifications radicales. Mon rôle, entre autres, est d’intervenir sur les territoires pour expliquer que la sobriété foncière est possible même si elle demande d’adapter les solutions à chaque configuration.    

DES SOLUTIONS CONCRÈTES 

La reconquête des centres urbains fait partie des pistes à encourager. Rénover les logements, attirer les populations au centre des villes, faire revivre les commerces de proximité, mutualiser les espaces s’avèrent indispensables. Bien sûr, une foultitude de questions se posent : peut-on rester un territoire attractif sans consommer du foncier ? Qu’est-ce qu’une densité acceptable ? Comment tirer profit des propriétés communales pour répondre aux besoins du territoire et de ses habitants ? Comment engager et mener un projet sur le foncier et l’immobilier des collectivités ? Quels sont les leviers financiers existants ou à créer ? Quid des zones pavillonnaires ? « Le défi est de taille pour les collectivités, assure Philippe Schmit, des diagnostics s’imposent, des enquêtes auprès des citoyens, toutes les idées innovantes allant dans le sens de la sobriété foncière acceptable par le plus grand nombre sont et seront évidemment les bienvenues ».

DES OPPORTUNITÉS SUR LE TERRITOIRE

D’une manière générale, la création des communes nouvelles redimensionne les équipements et les regroupe. En conséquence, de nombreux biens publics sont ou seront à court et moyen termes non affectés, et donc disponibles pour imaginer de nouveaux projets, de nouvelles vocations. Les « anciennes » mairies, écoles, équipements… bénéficient bien souvent d’une localisation stratégique, au cœur des bourgs, la question de leur réinvestissement pour de nouveaux usages est fondamentale. Selon les typologies des communes et les spécificités héritées des histoires locales, la vacance foncière revêt des formes diverses. « Il faut à la fois penser réhabilitation mais aussi multi-usages, précise Philippe Schmit. Par exemple, les lycées accueillant des pensionnaires sur une année scolaire pourraient être investis par les saisonniers pendant la période d’été ». 

Sur le Saint-Lois, les communes sont invitées à identifier, au sein du plan local d’urbanisme, tous les espaces pouvant être mobilisés pour développer des projets sans consommer de nouveaux terrains : les bâtiments à l’abandon, les friches, les « dents creuses » propices à l’accueil de constructions, les terrains pouvant être divisés, …partir de l’existant plutôt que construire à l’extérieur de la ville ou des bourgs, sur des espaces naturels, des terres agricole... des projets récents le démontrent, tels que la rénovation de la Tour Groupama ou de la salle Beaufils dans le centre-ville de Saint-Lô.

« On peut voir au travers de cet exemple, combien la question de la sobriété foncière nous concerne tous. Dans notre quotidien, nos professions, nos loisirs... C’est un enjeu sociétal, qui engage les collectivités, les constructeurs, les architectes, les citoyens, les entrepreneurs, qui encourage à la réflexion commune et déclenche des actions réelles en direction du vivant. La réhabilitation, c’est : moins de vacance d’un bâti existant voué à l’abandon et la zéro artificialisation, c’est : moins d’impact   bien souvent irréversible sur la biodiversité », conclut Philippe Schmit.  

Une démarche qui se concrétisera, pour l’Agglo et ses communes, par l’élaboration d’une stratégie foncière accompagnée par l’établissement public foncier de Normandie et l’approbation du plan local d’urbanisme intercommunal.

Rédaction : Stéphanie Montagne-Grésille

Rencontre avec Philippe Schmit

secrétaire général de l’ADCF (Assemblée des Communautés de France)